CONSEIL DE L'EUROPE
COMITE DES MINISTRES
Recommandation Rec (2004) 4
du Comité des Ministres aux
Etats membres
sur la Convention européenne
des Droits de l'Homme
dans l'enseignement
universitaire et la formation professionnelle
(adoptée par le Comité des
Ministres le 12 mai 2004,
lors de sa 114e Session)
Le Comité
des Ministres, en vertu de l'article 15.b du Statut du Conseil de
l'Europe,
Considérant
que le but du Conseil de l'Europe est de réaliser une union plus étroite entre
ses membres, et que l'un des moyens les plus importants pour atteindre ce but
est la sauvegarde et le développement des droits de l'homme et des libertés
fondamentales;
Réaffirmant
sa conviction que la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des
Libertés fondamentales (ci-après dénommée «la Convention») doit demeurer le
point de référence essentiel dans le domaine de la protection des droits de
l'homme en Europe et rappelant son engagement à prendre des mesures visant à
garantir l'efficacité à long terme du système de contrôle institué par la
Convention;
Rappelant
le caractère subsidiaire du mécanisme de contrôle institué par la Convention,
qui présuppose, conformément à son article 1er, que les droits et
libertés garantis par la Convention soient protégés tout d'abord par le droit
interne et appliqués par les autorités nationales;
Se
félicitant à cet égard de ce que la Convention fait aujourd'hui partie
intégrante de l'ordre juridique interne de l'ensemble des Etats parties;
Soulignant
le rôle préventif que joue l'éducation aux principes inspirant la Convention,
aux normes qu'elle contient et à la jurisprudence qui en est issue;
Rappelant
que, si des mesures pour faciliter une large publication et diffusion du texte
de la Convention et de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de
l'Homme (ci-après dénommée «la Cour») dans les Etats membres sont importantes
pour assurer la mise en œuvre de la Convention au niveau national, ainsi qu'il
l'a indiqué dans sa Recommandation Rec(2002)13, il est indispensable que ces
mesures soient complétées par d'autres, dans le domaine de l'enseignement et de
la formation, afin qu'elles puissent atteindre leur but;
Soulignant
l'importance particulière d'un enseignement universitaire et de programmes de formation
professionnelle adaptés, en vue de s'assurer que la Convention est
effectivement appliquée, à la lumière de la jurisprudence de la Cour, par les
instances publiques et notamment dans l'ensemble des secteurs responsables de
l'application des lois et de l'administration de la justice;
Rappelant
les résolutions et les recommandations qu'il a déjà adoptées sur différents
aspects de la question de l'éducation aux droits de l'homme, en particulier la
Résolution (78) 41 concernant l'enseignement sur les droits de l'homme; la
Résolution (78) 40 portant règlement relatif aux bourses du Conseil de l'Europe
pour les études et recherches dans le domaine des droits de l'homme; la
Recommandation no R (79) 16 concernant la promotion des recherches
relatives aux droits de l'homme dans les Etats membres du Conseil de l'Europe;
la Recommandation no R (85) 7 sur l'enseignement et l'apprentissage
des droits de l'homme dans les écoles, ainsi que son annexe où figurent des
suggestions pour l'enseignement et l'apprentissage des droits de l'homme dans
les écoles;
Rappelant
le rôle qui peut être joué par les institutions nationales pour la promotion et
la protection des droits de l'homme et par les organisations non
gouvernementales en matière, notamment, de formation des personnels
responsables de l'application des lois, et se félicitant des initiatives déjà
prises dans ce domaine;
Prenant
en considération la diversité des traditions et des pratiques dans les Etats
membres en matière d'enseignement universitaire, de formation professionnelle
et de sensibilisation au système de la Convention,
Recommande
aux Etats membres:
I. de
s'assurer qu'un enseignement universitaire et une formation professionnelle
adéquats concernant la Convention et la jurisprudence de la Cour existent au
niveau national et qu'ils sont notamment inclus:
- dans le
tronc commun des programmes des diplômes de droit, et le cas échéant des
sciences politiques et administratives et, de surcroît, proposé comme matière
optionnelle à ceux qui souhaitent se spécialiser;
- dans
les programmes de préparation aux examens nationaux ou locaux d'accès aux
diverses professions juridiques et dans la formation initiale et continue
destinée aux juges, aux procureurs et aux avocats;
- dans la
formation professionnelle initiale et continue offerte au personnel d'autres
secteurs responsables de l'application des lois et/ou au personnel en contact
avec des personnes privées de leur liberté (par exemple la police et les
membres des forces de sécurité, le personnel pénitentiaire et celui des
services hospitaliers), ainsi qu'au personnel des services de l'immigration,
selon des modalités adaptées à leurs besoins spécifiques;
II. de
renforcer l'efficacité de l'enseignement universitaire et de la formation
professionnelle dans ce domaine, en particulier:
- en
veillant à ce que l'enseignement et la formation soient intégrés dans des
structures stables – publiques ou privées – et qu'ils soient dispensés à un bon
niveau, par des personnes ayant une maîtrise des concepts de la Convention et
de la jurisprudence de la Cour, ainsi qu'une connaissance appropriée des
techniques de formation;
- en
appuyant des initiatives visant à former des enseignants et des formateurs
spécialisés dans ce domaine;
III.
d'encourager des initiatives non étatiques visant à promouvoir la
sensibilisation et la connaissance du système de la Convention, telle que la
mise en place de structures spécialisées dans l'enseignement et la recherche en
matière de droits de l'homme, de concours de plaidoirie et de campagnes de
sensibilisation;
Charge le
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe de transmettre cette recommandation
aux gouvernements des Etats parties à la Convention culturelle européenne qui
ne sont pas membres du Conseil de l'Europe.
Annexe
à la Recommandation Rec (2004) 4
Introduction
1. La
Conférence ministérielle tenue à Rome les 3 et 4 novembre 2000 pour commémorer
le 50e anniversaire de la Convention européenne des Droits de l'Homme
(ci-après dénommée «la Convention»), a invité les Etats membres du Conseil de
l'Europe «à prendre toutes mesures appropriées afin de développer et promouvoir
l'éducation et la sensibilisation aux droits de l'homme dans tous les secteurs
de la société, en particulier auprès des professions juridiques».1
2. Cet
effort demandé aux autorités nationales n'est qu'une conséquence du caractère
subsidiaire du mécanisme de contrôle institué par la Convention, qui présuppose
que les droits garantis par cette dernière soient protégés pleinement tout
d'abord par le droit interne et appliqués par les autorités nationales.2 Le Comité des Ministres a déjà adopté des
résolutions et des recommandations qui portent sur différents aspects de cette
question3 et encouragent la prise d'initiatives,
notamment par les institutions nationales de droits de l'homme et les ONG, afin
d'améliorer à la fois la compréhension et la connaissance de la Convention et
de la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme (ci-après
dénommée «la Cour»).
3.
Garantir l'efficacité à long terme du système de la Convention fait partie des
priorités actuelles du Conseil de l'Europe et, dans ce contexte, la nécessité
d'une meilleure application de la Convention au niveau national a été jugée
essentielle. En conséquence, il apparaît nécessaire que l'ensemble des Etats
membres s'assure qu'un enseignement adéquat sur la Convention est dispensé, en
particulier pour les professions juridiques et celles chargées de l'application
de la loi. Cela pourrait contribuer à réduire, d'une part, le nombre de
violations des droits garantis par la Convention, lorsque celles-ci résultent
d'une connaissance insuffisante de la Convention, et, d'autre part,
l'introduction de requêtes qui ne répondent manifestement pas aux critères de
recevabilité.
4. La
présente recommandation porte sur trois types d'actions complémentaires, à
savoir:
i.
l'intégration d'un enseignement et d'une formation adéquats concernant la
Convention et la jurisprudence de la Cour, dans le cadre notamment des études
universitaires en droit et sciences politiques, ainsi que dans la formation des
professions juridiques et de celles chargées de l'application de la loi;
ii. la
garantie de l'efficacité de l'enseignement et de la formation dispensée, ce qui
implique en particulier une formation adéquate des enseignants et des
formateurs; et
iii. le
soutien d'initiatives visant à promouvoir une meilleure connaissance et/ou
sensibilisation au système de la Convention.
5. Compte
tenu de la diversité des traditions et pratiques des Etats membres en matière
d'enseignement universitaire, de formation professionnelle et de
sensibilisation au système de la Convention, il incombe aux Etats membres de
concevoir leurs programmes éducatifs en fonction de leurs situations nationales,
conformément au principe de subsidiarité, tout en veillant à ce que les normes
de la Convention soient présentées de manière complète.
Enseignement
universitaire et formation professionnelle
6. Les
Etats membres sont invités à veiller à ce qu'un enseignement adéquat de la
Convention et de la jurisprudence de la Cour soit inclus dans les programmes
des diplômes universitaires de droit et les examens des barreaux, ainsi que
dans la formation continue des juges, des procureurs et des avocats.
Enseignement universitaire
7. Il est
essentiel que l'enseignement à la Convention soit pleinement intégré dans les
programmes des facultés de droit, non seulement comme discipline autonome, mais
aussi transversalement dans toutes les disciplines juridiques (droit pénal,
droit civil, etc.) afin que les étudiants, quelle que soit leur spécialisation,
connaissent les implications de la Convention dans leur domaine à la fin de
leurs études.
8. La création
de cours de troisième cycle spécialisés dans la Convention, tels que certains
diplômes de masters ou le Master européen en droits de l'homme et
démocratisation (E.MA), auquel participent 27 universités réparties sur 15
Etats européens, ainsi que des programmes universitaires plus ponctuels, comme
les cours d'été de l'Institut international des droits de l'homme René Cassin
(Strasbourg) ou ceux de l'Institut universitaire européen (Florence),
devrait être encouragée.
Formation
professionnelle
9. Elle
devrait faciliter une meilleure intégration des normes de la Convention et de
la jurisprudence de la Cour dans le raisonnement tenu par les juridictions
internes dans leurs arrêts rendus. De plus, grâce aux conseils juridiques que
pourront dispenser aux requérants potentiels des avocats ayant une connaissance
adéquate de la Convention, il pourrait être évité que ne soient introduites
devant la Cour des requêtes qui ne répondent manifestement pas aux critères de
recevabilité. Au demeurant, une meilleure connaissance de la Convention par les
professionnels du droit devrait contribuer à réduire le nombre des requêtes
introduites devant la Cour.
10. Une
formation spécifique sur la Convention et ses normes devrait être incluse dans
les programmes des écoles d'avocats ainsi que des écoles pour magistrats et
procureurs. Cela pourrait comporter l'organisation d'ateliers dans le cadre de
la formation professionnelle des avocats, des juges et des procureurs. En ce
qui concerne les avocats, ces ateliers pourraient être organisés, par exemple,
à l'initiative des barreaux. On peut citer un projet en cours au sein de
l'Union internationale des avocats pour mettre en place, avec l'assistance de
la Cour, une formation des avocats au règlement de la Cour et à la pratique des
plaidoiries, ainsi qu'à l'exécution des arrêts. Dans certains Etats membres, le
ministère de la Justice est chargé de sensibiliser et de participer à la
formation des magistrats à la jurisprudence de la Cour européenne: les
magistrats en poste peuvent bénéficier de sessions d'un ou deux jours
organisées auprès des juridictions et d'un stage d'une semaine organisé chaque
année; les auditeurs de justice (élèves magistrats) bénéficient d'une formation
organisée au sein de l'école nationale de la magistrature. Des ateliers sont
également organisés dans le cadre des formations initiale et continue
des magistrats.
11. En
outre, des séminaires et des colloques sur la Convention à l'intention des
juges, des avocats et des procureurs pourraient être régulièrement organisés.
12. De
surcroît, une revue sur la jurisprudence de la Cour destinée aux juges et aux
avocats pourrait être régulièrement publiée. Dans certains Etats membres, le
ministère de la Justice publie un bulletin contenant des références à la
jurisprudence de la Cour et à des questions liées à la Convention. Cette
publication est distribuée à l'ensemble des juridictions.
13. Il
est recommandé aux Etats membres de veiller à ce que les normes de la
Convention soient prises en compte dans la formation professionnelle initiale
et continue d'autres professions chargées de l'application de la loi et de la
détention tels que les forces de sécurité, les policiers et le personnel
pénitentiaire mais aussi les services d'immigration, les hôpitaux, etc. Une
formation continue aux normes de la Convention est particulièrement importante
compte tenu de la nature évolutive de la jurisprudence de la Cour concernant
l'interprétation et l'application de ces normes. Le personnel des autorités
s'occupant des personnes privées de liberté devrait bien connaître les droits
de ces personnes tels que garantis par la Convention et interprétés par la Cour
afin de prévenir toute violation, notamment des articles 3, 5 et 8. Il est donc
de la plus haute importance qu'une formation adéquate de ces professions soit
mise en place dans tous les Etats membres.
14. Une
formation spécifique à la Convention et ses normes et, en particulier, aux
aspects concernant les personnes privées de leur liberté, pourrait être
intégrée dans les programmes des écoles de police et de surveillants de prison.
Des ateliers pourraient également être organisés dans le cadre de la formation
continue des membres des forces de police, des surveillants de prison et toute
autre autorité concernée.
Efficacité
de l'enseignement universitaire et de la formation professionnelle
15. Dans
ce but, il est recommandé aux Etats membres de veiller à ce que l'enseignement
universitaire et la formation professionnelle dans ce domaine soient dispensés au
sein de structures stables (publiques ou privées) par des enseignants et des
formateurs de bon niveau.
16. A cet
égard, former des enseignants et des formateurs est une priorité. Il s'agit
notamment d'assurer que leur niveau de connaissances est en phase avec
l'évolution de la jurisprudence de la Cour et correspond aux besoins
spécifiques des secteurs professionnels auxquels ils s'adressent. Les Etats
membres sont invités à encourager des initiatives (recherches dans les domaines
couverts par la Convention, techniques d'enseignement, etc.) visant à garantir
une bonne formation des enseignants et des formateurs spécialisés dans ce
domaine sensible et en évolution.
Promotion
de la connaissance et/ou de la sensibilisation au système de la Convention
17. Les
Etats membres sont enfin invités à encourager les initiatives visant à
promouvoir la connaissance et/ou la sensibilisation au système de la
Convention. Ces initiatives, qui peuvent prendre différentes formes, se sont
révélées très positives partout où elles ont été organisées et doivent donc
être encouragées par les Etats membres.
18. Un
exemple pourrait être l'organisation de concours de procès simulés sur la
Convention et la jurisprudence de la Cour destinés aux étudiants en droit et
faisant intervenir en même temps des étudiants, des professeurs d'université et
des professionnels du droit (juges, procureurs, avocats), par exemple le
concours Sporrong et Lönnroth organisé dans les cours suprêmes des Etats
membres nordiques et le concours René Cassin, francophone et paneuropéen,
organisé par l'association Juris Ludi dans les locaux du Conseil de l'Europe.
Note 1 . Conférence ministérielle
européenne sur les droits de l'homme, Résolution II, paragraphe 40.
Note 2 . Voir l'article 1er
de la Convention.
Note 3 . En particulier: la
Résolution (78) 41 concernant l'enseignement sur les droits de l'homme, et la
Résolution (78) 40 portant règlement relatif aux bourses du Conseil de l'Europe
pour les études et recherches dans le domaine des droits de l'homme; la
Recommandation no R (79) 16 concernant la promotion des recherches
relatives aux droits de l'homme dans les Etats membres du Conseil de l'Europe;
la Recommandation no R (85) 7 sur l'enseignement et l'apprentissage
des droits de l'homme dans les écoles, ainsi que son annexe où figurent des
suggestions pour l'enseignement et l'apprentissage des droits de l'homme dans
les écoles.
[source: http://www.coe.int]
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